Les habitués de ce blog savent que je manie plus le trait à l'encre de chine que les finesses de l'aquarelle... Mais, quand même, ça m'arrive de tremper mon pinceau dans ce mélance de pigments et de gomme arabique que j'avais, voilà pas mal de temps, appris à considérer comme une chose abominable faite plus pour que les pinceaux y perdent leurs poils que pour faire de jolis dessins. Encore aujourd'hui, je me demande comment on peut refiler aux enfants des boites comportant des couleurs et des pinceaux d'aussi piètre qualité. Peut-être pour les encourager à se passionner plutôt pour leurs devoirs scolaires ?

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Les crayons de couleur m'ont longtemps offert une agréable alternative, en matière de colorisation. On peut en acheter à l'unité, et avoir ainsi ceux qu'on emploie le plus. Pratique. Pour qui a la phobie du pinceau qui perd ses poils, c'est parfait. D'ailleurs, je me dis souvent qu'il faudrait m'y remettre.

Je n'entrerai pas ici dans le détail des circonstances qui m'ont réconciliée avec les pinceaux.

Mais il en a résulté, très logiquement, au bout d'un temps, que j'ai acheté des aquarelles et des pinceaux de tout petit diamètre. Je voulais, pour démarcher les éditeurs pour la "GHT", joindre quelques pages en couleurs. Travail micro-minutieux s'il en est.

Revenons à notre aquarelle... A notre aquarelle salée, plus précisément.

J'ai trouvé dans un livre des exemples de dessins réalisés en employant du sel pour modifier la vitesse de séchage de certaines parties de l'image. Cela avait permis de produire d'intéressants effets de cristallisation qui, selon le grain du sel employé, la couleur de la peinture et la quantité de sel disposée, donnaient des impressions de nuages, de toiles d'araignées, de broderies, etc.

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Mais ce livre n'indiquait pas comment le sel disposé et l'aquarelle se comportent l'un vis à vis de l'autre... J'ignorais donc totalement si le sel allait rester collé à la gomme arrabique ou bien se détacher de la page. Dans le premier cas, il aurait fallu étudier le comportement d'un dessin-test pour savoir comment, dans les mois suivant sa colorisation, il allait se comporter. Pas besoin. Le sel se détache fort aimablement et sans protester. Evidemment, il est impératif d'attendre que le dessin soit ABSOLUMENT sec pour frotter. Inutile, bien entendu, de recycler en cuisine le sel qui a ainsi été utilisé. Il en reste bien un grain ou deux ici ou là, mais ne soyons pas pinailleurs. Ca n'est pas, je pense, au point de mettre en péril le devenir du dessin.harpe_blog

Ah ? Pourquoi je dis ça ?

Il se trouve que ma Prof de Sc Physique à la retraite de Maman a objecté que le sel risquait, plus tard, de réabsorber de l'eau, lorsque le temps serait humide et que ce serait mauvais pour le dessin. Ce n'est pas faux... Mais je compte sur les liants de l'aquarelle pour jouer un rôle protecteur contre les propriétés hydrophiles du sel.

Pour tester cette technique, j'ai ressorti un dessin qui dormait dans mes cartons depuis début 2008, en attente de colorisation. Un petit elfe qui avait besoin d'un ciel pour jouer au ballon.

Résultat assez agréable, je trouve...

Deuxième tentative (encore inachevée), moins probante, mais il est vrai moins "fastoche", plus délicate. J'avais employé dans un premier temps un vert très clair et très jaune. La cristallisation ne s'est pas vue, ou si peu. J'ai refait, par-dessus, un deuxième lavis, avec un vert plus foncé. Toujours pas vraiment satisfaite, j'ai achevé le travail au mini-pinceau ! Ben oui, ça serait trop facile, quand même, si les cristaux de sel avaient réponse à tout.